
Article rédigé par Apichatpong
Duskolos est un mappeur appartenant à la vague la plus récente des créateurs Doom français. Sa première map officielle, Chair Boueuse, extraite du megawad 180 Minutes pour Vivre est une speedmap, défi périlleux pour se lancer mais qu’il relève avec les honneurs. On y distingue, à l’état embryonnaire, son goût pour des zones à l’esthétique variée, un travail des textures précis et propre, sans jamais viser l’excès ainsi qu’un penchant pour l’expressivité « doomcute » avec l’effrayant et grotesque monstre de chair qui clôt le niveau. Si l’on ne peut parler de coup de maître, l’ensemble possède indéniablement du caractère.

Il faudra attendre trois ans avant de le revoir pointer le bout de son nez : bienheureux sont les patients !
En 2023 sort l’un des wad références de la communauté française, peut-être le plus mésestimé cependant : Flesharmonic. On y découvre de manière plus substantielle quelques-uns des membres de cette « nouvelle vague », chacun s’y exprimant à travers au moins une map, plus encore pour certains. Duskolos fait partie de ces derniers avec ses quatre maps (et un tiers). Dans chacune d’elles il parfait ce que l’on pouvait entrevoir dans Chair Boueuse mais avec la liberté du temps et de l’espace en plus. On y découvre une inclinaison à faire revisiter, parfois ré-exister, les divers lieux de ses niveaux - ce qui aide le joueur à s’en imprégner - mais ce qui marquera le plus le joueur est, sans nul doute, la maestria avec laquelle il réussit à fédérer des espaces parfois disparates, particulièrement dans les deux grands moments que sont Dying Bastion (05) et Muddy Flesh (31).


La première map est une gigantesque forteresse, mélange de vastes ailes et d’étroites salles ou escaliers dérobés, dont l’atmosphère pesante et menaçante, appuyée par un très bon choix musical, surplombe la variété de caractères des parties, et vous saisit instantanément. On y avance prudemment, au rythme de combats privilégiant la lenteur et la sensation de n’être que peu de chose devant le monde que l’on explore. Muddy Flesh, elle, est une refonte très ambitieuse de Chair Boueuse, aventure expérimentale au coeur d’une techbase corrompue qui, par moments, inventerait presque une forme « doomesque » de rétro-futurisme (par la chair, la tech futuriste, le vide médiévalisant et. . . les camions).

On retrouvera ensuite notre auteur dans une map ingénieuse et jouissive pour Le Gars qui a fait Doom ainsi qu’une nouvelle speedmap, un peu plus laborieuse quoique toujours esthétiquement soignée, pour Architekt. . . mais le gros morceau restait à venir !
Duskolos, marqué par le wad semi-officiel - aussi inspiré que bancal - Perdition’s Gates (1996), en propose une variation virtuose et furieuse : Gates of Perdition (2026). Toujours fidèle, directement ou indirectement, aux niveaux du jeu original, il en extrapole les idées avec les moyens d’aujourd’hui et ajoute sa touche, peaufinant encore sa maîtrise du design semi-réaliste (sans rechigner pour autant à l’expérimental, voire l’abstrait), ajoutant une dimension plus géométrique au grandiose des ses architectures, le tout à travers une aventure dont chaque épisode frappe par son unité de thème et la variété de ses formes de gameplay. On retiendra, entre autres, la richesse nouvelles des rythmes d’avancée et de combats, entre run and gun, explosivité, escarmouches (parfois très) piquantes jusqu’au slaughterlite.


Par Apichatpong